La biodiversité et les paysages
Le rôle des différents éléments du paysage dans la préservation de la biodiversité
Les évolutions récentes de la biodiversité dans les zones rurales
Les effets de l'agriculture sur la biodiversité
Les activités tirant profit de la biodiversité
La prise en compte de l'environnement dans les aides agricoles en France
L'action publique en faveur de la biodiversité
Des expériences réussies de protection de la biodiversité dans les zones rurales en Europe
Références
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      Le mot biodiversité désigne la diversité de toutes les formes du vivant. Le paysage est l'échelle à laquelle la biodiversité est la plus directement perceptible par les non-spécialistes. Les paysages des zones agricoles sont avant tout le fruit de l'activité humaine. Ils ont changé au cours de l'histoire en suivant l'évolution de la société. A chaque époque, la composition de la faune et de la flore a reflété cette évolution.
Quel est aujourd'hui l'impact des activités humaines sur la biodiversité dans les zones agricoles ? Est-il identique pour les différents types d'agriculture ?
Les orientations de la politique agricole commune de l'Union européenne ont-elles un effet sur la biodiversité ? Quelles sont les actions possibles au niveau local pour préserver les paysages et la biodiversité ?
 
 
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La biodiversité et les paysages   imprimer chapitre
 
Retour haut de page Q   Que sont un habitat, un paysage et un écosystème ?  
  R   Un habitat est un ensemble associant un milieu (le biotope, caractérisé par les conditions climatiques, les propriétés physiques et chimiques du sol...) et une communauté d'êtres vivants. Les scientifiques utilisent la notion d'habitat dans une perspective de classification.
L'écosystème met l'accent sur les interactions des êtres vivants entre eux et avec le milieu dans lequel ils vivent. Un lac, une forêt, un aquarium constituent, avec les espèces qui les habitent, des écosystèmes. Etudier un écosystème consiste à analyser son fonctionnement et à évaluer quelle peut être son évolution, par exemple sous l'effet d'une modification de l'environnement.
Le mot paysage désigne communément une étendue que l'œil embrasse d'un seul regard et qui présente une unité pour l'esprit humain. La végétation y est organisée en grandes masses (densité des arbres et des buissons, herbe rase ou haute...). Pour les scientifiques, le paysage est un niveau de description intermédiaire entre l'habitat et l'écosystème. Il correspond à un territoire composé d'une mosaïque d'habitats qui ont entre eux des relations fonctionnelles : les rapaces vivant dans les haies (un habitat) chassent les rongeurs qui vivent dans les prairies voisines (un autre habitat). Un paysage résulte des interactions entre des facteurs naturels et des aménagements humains, qui lui donnent sa physionomie propre.
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Retour haut de page Q   Comment est définie la biodiversité ?  
  R   Le mot biodiversité désigne la diversité de toutes les formes du vivant. Dans les zones rurales, le paysage est l'échelle à laquelle la biodiversité est la plus directement perceptible pour les non-spécialistes. Pour les scientifiques, l'espèce est le niveau qui se prête le mieux aux études sur le terrain.
Le mot biodiversité est couramment utilisé dans un sens plus opérationnel : biodiversité génétique au sein d'une espèce (les variations de couleur des coquilles d'escargot, les variétés de pommiers, les races bovines, etc.), biodiversité des espèces occupant un lieu donné (la diversité des espèces d'oiseaux dans les zones humides, etc.), biodiversité des communautés (coexistence locale de végétaux, d'herbivores et de carnivores, etc.), biodiversité des paysages (forêts, bocages, prairies, etc.).
En mettant l'accent sur l'aspect dynamique de la biodiversité, l'approche scientifique actuelle aborde d'une façon nouvelle des questions traitées jusqu'alors sur un mode sectoriel comme la protection de la nature, le tourisme ou l'agriculture. Elle insiste sur les interactions au sein du vivant. Les études portent majoritairement sur l'évolution de la biodiversité au cours du temps.
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Retour haut de page Q   Pourquoi préserver la biodiversité ?  
  R   La préservation de la biodiversité répond à une demande sociale en Europe. Les justifications sont de deux types.
La préservation de la biodiversité est justifiée par les services qu'elle rend à l'homme ou qu'elle rendra aux générations futures (fertilité du sol, goût des aliments, plaisir esthétique, etc.). C'est l'approche anthropocentriste. Depuis la fin des années 1990, l'évaluation des bénéfices que l'homme tire des écosystèmes tient compte des avantages immédiats et des retombées indirectes.
On peut aussi considérer que tous les êtres vivants (donc toutes les espèces) doivent être préservés, indépendamment de leur utilité pour les humains. C'est la perspective biocentriste. Elle se traduit par la création de listes d'espèces protégées. Il est interdit de porter atteinte à tout spécimen appartenant à ces espèces, sauf en cas de légitime défense. L'écocentrisme est une variante qui met l'accent sur la préservation des écosystèmes. L'objectif est de préserver la capacité évolutive et par-là la pérennité de la Vie (y compris l'homme). La préservation de la biodiversité passe par la préservation des milieux et des processus naturels plutôt que par la préservation de la vie de chaque individu ou de chaque espèce.
Quelle que soit la raison qui pousse à préserver la biodiversité, la question concrète pour les décideurs est souvent « Quelle biodiversité conserver et à quel prix ? ». En Europe, la réponse est principalement d'ordre réglementaire. Aux Etats-Unis, la valeur de la biodiversité découle du principe aucune perte sèche : une perte de biodiversité à un endroit doit être compensée par une augmentation ailleurs. La valeur de la biodiversité correspond alors au coût des travaux nécessaires à sa restauration.
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Retour haut de page Q   Jusqu'à quel point la biodiversité actuelle est-elle le fruit des activités agricoles ?  
  R   L'agriculture a augmenté la proportion d'habitats favorables aux espèces qui vivent dans des espaces ouverts, mais elle ne s'est pas accompagnée de l'apparition de nouvelles espèces. Ce sont des espèces qui se trouvaient initialement dans des clairières ou des espaces non boisés qui ont proliféré au fur et à mesure du défrichement des forêts.
D'une façon générale, la biodiversité est plus forte lorsque les exploitations agricoles pratiquent la polyculture. L'élevage traditionnel extensif est, quant à lui, en grande partie responsable de la composition de la flore des prairies. Même la façon de mener les travaux agricoles influe sur la biodiversité. Par exemple, les prés fauchés régulièrement sont riches en espèces dont les graines sont mûres avant la date de la fauche.
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Retour haut de page Q   Quelles ont été les grandes étapes de l'évolution de l'agriculture et des paysages en France ?  
  R   L'agriculture a modifié les paysages à partir du VIe millénaire avant J.-C. Jusqu'à l'époque gallo-romaine, la forêt a dominé les paysages de la France. Ensuite, les surfaces agricoles sont devenues majoritaires, une grande partie étant labourée pour produire des céréales, le reste étant constitué de pâturages. Le défrichement a atteint son maximum à la fin du XVIIIe siècle. Puis la surface de la forêt a doublé en un siècle, entre le milieu du XIXe et le milieu du XXe siècles.
Le début du XIXe siècle a été marqué par la plantation d'arbres utiles (fruitiers...) le long des routes, des cours d'eau, des limites de propriétés... Les propriétés ont été morcelées, chaque unité étant gérée par une famille pratiquant tout à la fois la culture, l'élevage et l'arboriculture. L'amélioration des assolements a augmenté le rendement des cultures céréalières, laissant ainsi plus de place à l'élevage. Les chemins de fer ont permis d'alimenter le marché parisien avec du bétail provenant de plusieurs centaines de kilomètres. La surface des prairies a ainsi été multipliée par 2,5 entre le milieu du XIXe et le milieu du XXe siècles et le bocage a atteint son extension maximale entre 1870 et 1930. A partir du dernier tiers du XIXe siècle, la généralisation des engrais a augmenté la productivité sur l'ensemble du territoire et fait disparaître les cultures les plus pauvres.
Depuis les années 1950, la mécanisation puis l'intensification agricole ont entraîné simultanément un agrandissement des parcelles agricoles et l'abandon des zones les moins propices à l'agriculture. Lorsque l'homme n'intervient pas, un terrain est couvert d'arbustes au bout de quinze ans et d'une forêt au bout de quelques dizaines d'années (de trente ans à plus d'un siècle selon les paysages environnants).
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Retour haut de page Q   Pourquoi l'agriculture a-t-elle provoqué une baisse de la biodiversité en France ?  
  R   La modernisation de l'agriculture dans les années 1950-1960 répondait à deux nécessités : augmenter la production pour nourrir la population ; rapprocher le mode de vie des agriculteurs de celui du reste de la société. La modernisation de l'agriculture a aussi permis de faire face à la diminution des prix agricoles (baisse de 56 % au cours des cinquante dernières années). Les solutions disponibles à l'époque avaient toutes un effet négatif sur la biodiversité.
L'augmentation de la productivité a conduit à l'abandon des zones les moins productives (terres peu fertiles ou difficiles d'accès) qui se sont transformées en friches. La mécanisation a entraîné la suppression des obstacles que représentaient les habitats semi-naturels en bord de champs (haies, talus, fossés...). L'augmentation de la taille des champs a isolé les habitats semi-naturels les uns des autres. La mécanisation a aussi favorisé l'abandon de l'élevage en plein air et les prairies ont été remplacées par des cultures fourragères. L'augmentation du rendement à l'hectare a été obtenue par un recours intensif aux engrais et aux pesticides. Ces produits provoquent la disparition de nombreuses espèces, directement ou indirectement (concurrence d'espèces mieux adaptées, disparition des habitats et de la nourriture).
En outre, l'économie agricole s'est organisée en filières qui poussent à une spécialisation du système de production et à son uniformisation régionale. Ceci renforce la tendance à la monoculture. Ce mode d'agriculture nécessite un recours massif aux produits chimiques et entraîne une forte baisse de la biodiversité.
On ne dispose de techniques permettant de concilier production et préservation de la biodiversité que depuis les années 1990. Elles sont peu utilisées en France.
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Retour haut de page Q   Quels sont les paysages agricoles qui abritent la plus forte biodiversité ?  
  R   Les paysages qui abritent la plus forte biodiversité sont composés d'habitats semi-naturels. Il s'agit de zones peu propices aux cultures (zones humides, terrains fortement empierrés, terrains trop pentus) ou de milieux que les agriculteurs entretiennent ou exploitent sans utiliser d'engrais, d'herbicides ou d'insecticides. Les principaux types sont les prairies exploitées de façon extensive ou peu intensive, les vergers traditionnels, les zones boisées (haies, bosquets champêtres, berges boisées).
On utilise aussi l'expression « système agricole à haute valeur naturelle ».
Les zones humides sont les eaux stagnantes (des mares temporaires aux marais et aux lacs), les sources, les cours d'eau et les terrains avoisinants (les arbres bordant le cours d'eau, la plaine inondable, etc.), les tourbières.
Les zones humides jouxtent ou chevauchent les terres agricoles. Ce sont des habitats fragiles, très sensibles à la pollution de l'eau par les activités agricoles. Les zones humides accueillent une faune et une flore très diversifiées. Un tiers de la flore protégée en France y pousse et elles sont nécessaires à 70 % des espèces d'oiseaux et 11 % des espèces de mammifères en Europe. Leur protection a fait l'objet de nombreux textes administratifs depuis le début des années 1990.
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Retour haut de page Q   Quelle est la surface des habitats favorables à la biodiversité dans les zones agricoles françaises ?  
  R   En 2004, la surface des habitats semi-naturels dans les zones agricoles représentait environ 11 % du territoire français. Il s'agit des prairies peu productives et des alpages (3,4 % du territoire), des landes (3,0 %), des pelouses sèches (2,0 %), des haies (1,1 %), des friches (0,9 %) et des chemins de terre (0,2 %).
La surface des habitats semi-naturels a globalement baissé de 3,6 % entre 1994 et 2004. L'évolution varie selon les habitats et les régions. Les surfaces consacrées à l'élevage extensif ont augmenté de 44 000 hectares en montagne alors qu'elles ont diminué de 83 000 hectares en plaine. De même, la surface des pelouses sèches a augmenté de 172 000 hectares alors que les friches et les landes ont perdu 309 000 hectares.
En 2004, la répartition des surfaces était la suivante en France (54,9 millions d'hectares) :
. 53,2 % étaient utilisées pour l'agriculture (31,6 % de terres arables et 19,7 % d'herbages, le reste étant consacré à la vigne et aux arbres fruitiers),
. 29,7 % étaient boisées (27,6 % du territoire étaient couverts de forêts, 1,6 % de bosquets et d'arbres éparts et 0,5 % de peupleraies),
. 6,5 % étaient couvertes par les villes et les routes (routes et parkings 3,2 %, bâtiments 1,7 %, les 1,6 % restant correspond à des jardins d'agrément, des cours de ferme, des terrains vagues, des carrières...),
. Le reste était composé de landes (3,0 %), de pelouses sèches (2,0 %), de haies (1,1 %), de friches (0,9 %), de chemins de terre ou enherbés (0,2 %), de zones humides (lacs, cours d'eau, marais... 1,8 %) ou de rochers et de sable (1,5 %).
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© Science & Décision - mise à jour du dossier juin 2007